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Succession : les avantages de la tontine

Mars 2015

Le système de la tontine n'est pas très connu. Mais il peut présenter quelques avantages dans le cas de certaines successions.


Du nom de son inventeur, le banquier italien Lorenzo Tonti, la "tontine" est une technique patrimoniale aussi ancienne que méconnue. Dans certaines situations, elle présente pourtant des avantages intéressants et connaît aujourd'hui un regain d'intérêt.

Définition

La tontine, ou "clause d'accroissement", est une convention conclue entre plusieurs personnes qui achètent un même bien, meuble ou immeuble, en commun. Insérée dans le contrat, elle prévoit que ce bien reviendra en pleine propriété au dernier des survivants, après le décès de tous les autres co-acquéreurs.

Sur le plan juridique, la situation est plus subtile. Les co-acquéreurs ne sont pas véritablement co-propriétaires du bien. En fait, chaque acheteur est supposé seul propriétaire du bien sous la condition qu'il soit le seul survivant. En d'autres termes, le survivant est supposé avoir été seul propriétaire du bien depuis le jour de l'acquisition et ses co-acquéreurs, décédés avant lui, sont supposés n'avoir jamais possédé réellement ce bien.

Le pacte tontinier est assimilé donc à un contrat aléatoire (lié aux chances de survie) conclu à titre onéreux.
Attention : pour conserver le caractère aléatoire, les chances de survie doivent être équivalentes. La validité de la clause peut être remise en cause si l'espérance de vie d'un des co-acquéreurs est très limitée ou s'il a financé en fait la totalité de l'acquisition. On évitera donc les tontines entre parents et enfants mineurs étant donné la grande différence d'âge.

Intérêts

Cet "artifice" juridique a une conséquence importante : le bien est censé n'avoir jamais fait partie du patrimoine du défunt. Il n'y a pas transmission entre le défunt et le survivant. Ne faisant pas partie de sa succession, le bien échappe ainsi aux règles de la réserve héréditaire et des libéralités.

Il permet donc de transmettre un bien au-delà de la quotité disponible, de la même manière, par exemple, qu'un bien vendu en viager.
Exemple schématique : M. Martin, célibataire, a un enfant, qui doit donc recevoir au minimum la moitié des biens de son père en héritage. A son décès, M. Martin possède un portefeuille de 500 et la moitié d'un logement d'une valeur de 2000, acheté en commun avec Mlle Dupont. La réserve héréditaire de Martin junior s'élève donc à la moitié de 1500, soit 750. Si le logement a été acheté en tontine, c'est Mlle Dupont qui en récupére la totalité. La succession de M. Martin ne porte que sur le portefeuille de 500. Et il peut prévoir d'en léguer la moitié à une tierce personne. La réserve héréditaire de son fils est ainsi réduite à 250.

On constate donc que la tontine est un moyen efficace d'assurer l'avenir du conjoint survivant. Surtout en cas de concubinage puisque les couples mariés disposent d'autres moyens par le biais des donations ou des avantages matrimoniaux.
Il faut toutefois noter que les héritiers lésés pourraient engager une action en justice s'ils prouvent que le pacte tontinier a été conclu dans le seul but de les priver de leur réserve héréditaire. Un risque à prendre en compte, notamment en présence d'enfants d'un premier mariage.

Fiscalité

Le pacte tontinier est assimilé à un contrat aléatoire conclu à titre onéreux. Les parts transmises au survivant devraient donc être soumises au régime des droits de mutation à titre onéreux, beaucoup moins élevés que les droits de succession.

Pour éviter toute tentation d'évasion fiscale aux contribuables trop astucieux, l'administration a soumis la tontine, en 1980, aux règles fiscales des successions. Bien que le bien ne fasse pas juridiquement partie de la succession du défunt, le survivant devra donc payer des droits sur la part recueillie, calculés selon le degré de parenté et la valeur de la part. Et ces droits sont perçus à chaque décès.
Exemple schématique. Dupont, Martin et Durand achètent un bien d'une valeur de 3000, à parts égales, avec une clause de tontine. Supposons que la valeur du bien reste constante. Au décès de Durand, Dupont et Martin recueillent chacun 500, sur lesquels ils paieront les droits de succession entre tiers. Au décès de Martin, Dupont recueille sa part, soit 1500, et paiera donc les droits sur ce montant.

Conclusion : la tontine classique ne présente pas vraiment d'intérêt sur le plan fiscal.

Il existe toutefois une exception aux principes ci-dessus. Quand le bien constitue la résidence principale des personnes concernées au moment du décès, le survivant ne paie que les droits de mutation à titre onéreux (beaucoup moins élevés). Condition exigée : la valeur du bien ne doit pas dépasser 76 000 euros.
La soumission aux droits de succession ne concerne que les clauses tontinières insérées dans les contrats d'acquisition en commun. Certains praticiens conseillent donc, avec prudence, d'insérer la clause tontinière dans les statuts d'une société civile immobilière qui possède elle-même le bien concerné. Avec une précaution supplémentaire : prévoir que certaines parts demeurent hors du pacte tontinier. Le survivant récupère donc la quasi-totalité des parts en payant seulement les droits d'enregistrement de 4,80% prévus pour les titres de SCI. Une technique à manier avec prudence en raison des risques d'abus de droit si la SCI n'a été constituée que dans un but uniquement fiscal. Mieux vaut donc s'adresser à un professionnel pour ce type de "montage"...

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Réalisé en collaboration avec des professionnels du droit et de la finance, sous la direction d', diplômé d'HEC

Publié par ericRg - Dernière mise à jour par Matthieu-B
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