Gérer les biens d'un enfant mineur
Jusqu’à sa majorité ou son émancipation, l’enfant est placé sous le régime de l’incapacité. Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas de droits, mais simplement qu’il ne peut pas, de son propre chef, les exercer.
Ainsi, il ne peut accepter de lui-même la succession de son parent. C’est son représentant légal qui doit prendre la décision à sa place :
§ seul, s’il s’agit d’accepter la succession sous bénéfice d’inventaire ;
§ avec l’autorisation préalable du juge des tutelles dans les autres cas.
Pour la même raison, quelle que soit la nature de ses biens, l’enfant ne pourra ni vendre, ni louer, ni percevoir les revenus : tous ces actes devront être accomplis en son nom par représentant légal.
Liberté sous contrôle
Le parent survivant va devoir gérer le patrimoine qui lui est confié « en bon père de famille », au mieux des intérêts de l’enfant.
Pour les actes de gestion courante, en principe sans risque, il n’aura pas besoin d’autorisation.
En revanche, pour les décisions plus graves, l’aval du juge sera nécessaire.
Gestion courante. D’une manière générale, le représentant du mineur peut accomplir seul les « actes d’administration », c'est-à-dire ceux qui ont pour objet de préserver et d’entretenir le patrimoine.
Il s’agit notamment :
§ de la souscription des contrats d’assurance couvrant les risques relatifs aux biens de l’enfant ;
§ des réparations ordinaires et des travaux immobiliers de simple entretien ;
§ de la conclusion des baux d’une durée inférieure ou égale à neuf ans ;
§ de la vente des meubles d’usage courant s’ils ne représentent pas une part importante du patrimoine de l’enfant.
Autorisation préalable. Les « actes de disposition » sont plus graves, car ils modifient la consistance du patrimoine et risquent de porter préjudice à l’enfant. C’est pourquoi le gestionnaire doit au préalable « se pourvoir d’une autorisation du juge des tutelles ».
Rentrent notamment dans cette catégorie :
§ la vente des immeubles appartenant à l’enfant ;
§ la constitution de droits réels sur ces mêmes biens (par exemple une hypothèque) ;
§ l’emprunt au nom du mineur ;
§ le partage de la succession, qui doit en outre être homologué par le tribunal de grande instance.
Devoirs de gestion
Dès son entrée en fonction, le parent administrateur légal est astreint à un certain nombre d’obligations : normalement, il doit faire procéder à un inventaire des biens de l’enfant dans les dix jours suivant le décès de l’autre parent, par acte notarié si le patrimoine recueilli est d’une certaine importance.
Emploi des fonds. Les capitaux reçus par l’enfant doivent être déposés sur un compte ouvert à son nom et portant mention de sa minorité, dans le mois suivant leur réception. Le représentant légal a l’obligation d’en faire emploi, c'est-à-dire de les réinvestir, dans les six mois de leur encaissement.
Le juge des tutelles peut donner, en fonction de l’intérêt de l’enfant, des « directives » pour le placement des fonds. Les opérations non prévues par ce cadre général sont autorisées au coup par coup.
Reddition des comptes. L’un des éléments essentiels de la protection du patrimoine du mineur repose sur l’obligation, faite à l’administrateur légal, de rendre compte de sa gestion. Chaque année, il doit remettre au greffier en chef du tribunal d’instance un compte de gestion annuel, sur papier libre et sans frais.
Toutefois, jusqu’aux 16 ans de l’enfant, le droit de « jouissance légale » le dispense de cette obligation pour les revenus des biens du mineur : le compte annuel ne porte que sur les mouvements de capitaux (ventes de titres, de biens immobiliers…). Au-delà de cet âge, il doit faire apparaître, en plus, les revenus et les dépenses correspondantes.
Lorsque sa mission prend fin, c’est-à-dire à la majorité ou à l’émancipation de l’enfant, le représentant légal doit faire un récapitulatif de sa gestion pendant toute la durée de l’incapacité. Dans les trois mois, il remet à l’enfant lui-même, pour approbation, un compte définitif de gestion faisant apparaître l’ensemble des dépenses et des recettes.
Cette obligation est assez lourde et l’administrateur ne peut s’y soustraire. Pour l’alléger, les notaires recommandent d’établir scrupuleusement les comptes annuels.
http://www.asclcp.fnsea.fr/sites/asi/actualites/060504gererbienmineur.aspx