E. Bataille (AutoScout24) : "Il faut étendre la prime à la casse aux véhicules d'occasion"

Relax News le mardi 7 juillet 2009 à 16:45:00
E. Bataille (AutoScout24) : "Il faut étendre la prime à la casse aux véhicules d'occasion"
Les ventes de véhicules d'occasion en France ne cesse de chuter au profit des véhicules neufs qui bénéficient des primes écologiques. Au cours du premier semestre 2009, le marché de l'occasion a chuté de 7,2% par rapport au premier semestre 2008. Pour Eric Bataille, PDG du portail d'annonces automobiles AutoScout24, la prime à la casse a exclu du circuit une partie des Français. Il propose d'étendre cette prime aux véhicules d'occasion récents.

Relaxnews : Depuis le début de l'année, le marché des véhicules d'occasion est en chute libre. Pourquoi les Français achètent-ils moins de voitures de seconde main ?
Eric Bataille :
En cette période de crise actuelle, il y a un ensemble de plusieurs facteurs qui poussent les Français à préférer la voiture neuve au véhicule d'occasion. En cumulant le bonus écologique, la prime à la casse et les remises accordées par les marques, il est actuellement possible d'acheter une voiture neuve avec un rabais allant jusqu'à 2.000 voire 3.000 euros par rapport au prix initial. Une petite voiture neuve de 10.000 euros peut ainsi être obtenue à environ 7.000 euros. Pour quelques centaines d'euros près, les automobilistes qui avaient l'habitude d'acheter des occasions récentes se tournent donc vers les offres du neuf.

R. : Quelles sont les conséquences ?
E. B. :
Tout d'abord, ce phénomène exclut une partie des Français de la prime à la casse. Les propriétaires de voitures d'occasions anciennes, dont le budget est plus restreint, ne sont pas forcément des acheteurs de véhicules neufs. Une étude menée par AutoScout24 et TNS lors du dernier Mondial de l'Auto en octobre 2008 avait montré que les possesseurs de voitures de 8 ans et plus ont un profil d'acheteurs fidèles à l'occasion, et seraient susceptibles d'acheter une voiture d'occasion récente plutôt que d'acheter une voiture neuve. D'autre part, la chute du marché de l'occasion coûte cher aux concessionnaires. Actuellement, près 70% du stock à vendre chez les professionnels est constitué de véhicules d'occasion récents. Ce stock qui s'écoule de plus en plus mal a également de plus en plus de mal à être financé à cause du coût du crédit.

R. : Que proposez-vous pour débloquer la situation ?
E. B. :
Nous avons tenu une table ronde en début d'année avec les professionnels du secteur afin d'évoquer les problèmes du marché d'occasion. Nous considérons qu'il faut étendre la prime à la casse aux véhicules d'occasion récents afin de fluidifier la vente à la fois des véhicules neufs, et d'occasion.

R. : Concrètement comment cela fonctionnerait ?
E. B. :
Ce que nous proposons, c'est une extension de la prime à la casse à l'achat des véhicules d'occasion de moins de trois ans, et qui émettent moins de 160 g de CO2/km. Le montant de la prime serait de 1.500 euros, contre 1.000 euros pour la prime accordée à l'achat d'un véhicule neuf.

R. : Votre proposition a-t-elle une chance d'aboutir ?
E. B. :
Nous l'espérons, même si les professionnels demeurent pessimistes. La prime à la casse décidée par le gouvernement est une aide à la production industrielle française, mais pas à la vente. Notre proposition permettrait à la fois de débloquer le marché de l'occasion et donc du neuf, et par conséquent, de soutenir la production sur la durée.

R. : Une prime à la casse pour les véhicules d'occasion serait-elle saine d'un point de vue écologique ?
E. B. :
Complètement. Aujourd'hui, 30% des 32 millions de voitures circulant en France ont plus de 10 ans d'âge. Or, leurs propriétaires n'achèteront jamais une voiture neuve car leur budget ne le permet pas. En leur facilitant l'acquisition d'une voiture d'occasion récente et peu polluante, nous faciliterons aussi le renouvellement du parc automobile français.